Club Lecture : la survie du personnage

mercredi 7 décembre 2016
par  Equipe de lettres
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Quand le personnage survit…
Qu’est-ce que “survivre”, pour un personnage ? Tout le monde n’avait pas compris la même chose.
Il y a d’abord le personnage qui traverse de nombreuses épreuves, et qui résiste à tous les chocs, coups de feu ou coups de poing.
Ensuite, le personnage qui survit à son auteur ! Celui qui traverse les décennies, voire les siècles, en se réincarnant de diverses manières bien après que son créateur d’origine soit mort.
Enfin, certains avaient pensé au personnage qui ne meurt pas à la fin du livre, alors qu’il « devrait » mourir pour compléter son sacrifice.
Nos exemples ont été empruntés à des registres variés :

  • un film, Sleepy Hollow, de Tim Burton (adapté d’un livre : La Légende de Sleepy Hollow, de Washington Irwing). Le héros, un inspecteur attaché aux faits et au raisonnement, se trouve confronté à des manifestations surnaturelles. Il survit, contre toute attente : peu réaliste, certes, mais dans le cadre de cette histoire fantastique, s’il ne survivait pas aux attaques du diable, cela tendrait à prouver que le diable existe. La survie du personnage impose au lecteur une certaine interprétation de l’histoire.
  • un succès mondial : Harry Potter, où tous les héros survivent. Faiblesse du scénario, trouvons-nous, que de prédestiner presque dès le début des personnages secondaires à mourir, alors que le trio principal s’en tire. Là aussi la fin conditionne l’interprétation d’ensemble : la lutte entre le Bien et le Mal perd en force dès lors que les héros n’y laissent pas quelque chose. Pourquoi ce choix ? C’est que, bien sûr, les lecteurs s’attachent, et que si on peut regretter la survie des héros pour le sens profond de l’histoire, il est tout de même difficile de leur vouloir du mal !
  • des romans contemporains pour adolescents : Hunger Games est une histoire de survie, puisque l’héroïne doit survivre dans un grand « jeu » cruel où la survie est au prix de l’élimination des autres, tandis que le moins célèbre Ne t’arrête pas de Michelle Gagnon met en scène une hackeuse qui a tout oublié de son passé et se trouve poursuivie par des tueurs. Dans sa fuite, elle doit demander de l’aide : l’aider, c’est risquer gros, mais il faut, absolument, que Noa survive avec le secret qu’elle porte en elle…
  • un livre tout récent : Laurent Gaudé, dans Écoutez nos défaites, plonge dans plusieurs guerres sanglantes, des guerres puniques à la « guerre » moderne des agences de renseignement, en passant par la guerre de Sécession américaine et par le violent conflit entre l’Italie et l’Éthiopie. Les personnages apprennent, à leurs dépens, qu’on ne peut réchapper indemne d’un combat à mort et que la survie est parfois difficile à supporter.
  • un best-seller de la fin du XIXe siècle : qui ne connaît Sherlock Holmes ? Exemple, et peut-être parangon (c’est-à-dire exemple typique) du personnage qui survit à son créateur, le célèbre détective a refait surface bien des fois, dans des adaptations télévisuelles ou livresques (le Jeune Bond). On sait que le « père » d’Arsène Lupin inventa une aventure « contre Herlock Sholmes ». Conan Doyle avait pourtant bel et bien tué son personnage, dans une nouvelle intitulée Le dernier problème parue en 1893 ; dix ans plus tard, sous la pression d’un public indigné ou désespéré, et d’un éditeur intéressé, il le ressuscita dans un nouvel épisode. Et quelle meilleure preuve de survie que la création de la « maison » de Sherlock à Londres, au 221 B, Baker Street ?
  • une pièce de théâtre : dans Le roi se meurt, de Ionesco (1962) la survie du roi est toute l’affaire de la pièce. Plus il s’étiole, plus la scène autour de lui se décompose. Que se passe-t-il quand les héros disparaissent ? C’est la mort pour le spectateur, semble dire le dramaturge.
  • une nouvelle : Le Joueur d’échecs, de Stefan Zweig ; la survie s’effectue ici aux dépens de la raison du personnage, qui s’enfonce dans la folie. À lire absolument !
  • des bandes dessinées : après tant de médiocres Lucky Luke, qui n’ont jamais égalé les premières réalisations de Morris et Goscinny, créateurs du personnage, une série intitulée Lucky Luke (vu par…) rend hommage au célèbre cow-boy en laissant le champ libre à des auteurs qui évoquent « leur » Lucky Luke sans chercher à décalquer l’original. En voilà un qui dure plus longtemps que ses créateurs… Dernier paru : L’homme qui tua Lucky Luke ! Autre survie de personnages du côté BD, la série d’heroic-fantasy Donjon, inventée par Lewis Trondheim et Joann Sfar, et conçue d’emblée comme une sorte d’œuvre collective, où de nouveaux dessinateurs et coloristes pourraient créer des albums en s’appropriant l’univers et les personnages, ce qui permet leur survie mais aussi leur transformation. Loufoque pour loufoque, un « Donjon Off », création de dessinateurs qui n’avaient pas été acceptés pour l’officiel Donjon, existe même sur internet !

La prochaine séance aura lieu le mardi 3 janvier. Nous nous sommes fixés de lire un des livres mentionnés au club lecture depuis le début de l’année, et que nous ne connaissions pas jusque là !


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