Une héroïne : club lecture du 28 mars

mercredi 5 avril 2017
par  Equipe de lettres
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"Habituellement, c’est plutôt un garçon le héros.." : c’est notre constat de départ.
Les héroïnes : pas si nouvelles que cela ! Puisqu’Ovide (au premier siècle) consacrait déjà un recueil à des femmes célèbres : certes, mais ces femmes sont les "femmes de" ou les "mères de"... certains héros célèbres. Des Héroïdes, et pas des héroïnes, qui tirent leur valeur de leur lien à un homme, et pas vraiment d’elles-mêmes. Alors les héroïnes, les vraies, où sont-elles ?
Dans les romans de chevalerie, elles sont le but du héros (sauf Iseult, mais Iseult se dédouble en Isolde, et c’est troublant !) Par la suite elles demeurent pâlotes et falotes à côté de l’homme qui les aime et les sauve. Au XIXe, leur sort est triste, et même placées au centre du livre elles ne triomphent pas, elles ne sauvent pas le monde, elles ne sont même pas courageuses — même s’il y a des exceptions, nous allons le voir.
Alors qu’aujourd’hui, elles surgissent d’un peu partout ! Y aurait-il là, autant que le fruit de luttes féministes bien entendues, un enjeu commercial ? Impossible en tout cas de ne pas évoquer Katniss Everdeen dans Hunger Games (Suzanne Collins) ou Tris dans Divergente (Veronica Roth). Personnage principal, la jeune femme se bat pour sa survie et pour celle du monde en lequel elle croit, et ce jusqu’au sacrifice. Faustine dans Cité 19 (Stéphane Michaka) dont les 4e ont rencontré cette année l’auteur, et Hermione, dans Harry Potter, ainsi que Fay apparue dans l’un des derniers Cherub (16) de Roger Muchamore font aussi preuve de plus de ressources que les garçons. Leur indépendance et la quête qui est la leur en font de vraies héroïnes.
En remontant le fil des siècles littéraires on rencontre cependant d’autres femmes : dans Les Quatre Filles du Docteur March, de Louisa May Alcott, au titre beaucoup plus évocateur en anglais (Little Women !), Jo, Beth, Meg et Amy composent un quatuor incontournable, dont la chance, si l’on peut dire, est l’absence du père, qui permet aux filles de s’affirmer. La situation nous fait penser à celle des femmes pendant la guerre, prenant la place des hommes partis au front : une pièce contemporaine, Les Coquelicots des Tranchées (Georges-Marie Jolidon et Xavier Lemaire), évoque justement les femmes restées à la ferme et devant la faire tourner sous l’autorité d’une matriarche. Dans le court roman (pour la jeunesse : 9-13 ans) La Plume de Marie, le talent littéraire d’une roturière recueillie par une famille noble, au temps de Louis XIV et de Corneille, ne peut s’épanouir que parce qu’elle passe pour un autre. De nos jours, dépeignant finement la vie contemporaine des beaux quartiers à Paris, L’Elégance du Hérisson de Muriel Barbery met en scène deux femmes qui passent inaperçues de ceux qui les entourent : Renée, la concierge autodidacte et féroce dans son analyse de ceux qui l’entourent, et Paloma, fillette sensible et plus intelligente que ne le pense sa famille.
Exception notable au discours sur les femmes au XIX, Balzac s’imposait : avec par exemple Les ChouansMarie de Verneuil, sous la Révolution, doit noyauter un groupe de Vendéens. Pour cette intrépide révolutionnaire, la mission est rêvée : jusqu’au jour où elle rencontre leur chef...
C’est à peu près à la période narrée par Les Chouans que se situe l’action d’un roman historique mettant en scène une rebelle, chef de bande des esclaves "marrons" (en fuite) au moment où l’abolition de l’esclavage en 1794 et son rétablissement 8 ans plus tard par Napoléon, ont donné la liberté, en Guadeloupe, pour mieux la reprendre : Solitude, c’était le nom choisi par La Mulâtresse Solitude, que raconte André Schwartz.
Des vies brisées ou blessées, les héroïnes, et nous avions vu que c’était souvent aussi le cas pour les héros, sont à part : une autobiographie très dure, violente même, en témoigne, qui raconte la vie d’une délinquante, Albertine Sarrazin, multirécidiviste publiée de son vivant... L’Astragale (du nom d’un os, celui qu’elle se brise lors de sa première évasion) brûle les doigts.

La prochaine fois : Séance spéciale PENNAC. Que vous ayez lu La Fée Carabine, Au bonheur des Ogres, Messieurs les Enfants, La Petite Marchande de Prose, ou L’oeil du Loup et l’Agence Babel, ou que vous ayez envie de découvrir cet auteur, venez nombreux !


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