Des mangas au club lecture

mardi 9 mai 2017
par  Equipe de lettres
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La semaine dernière, nous avons passé une heure au pays des mangas et ce fut autant surprenant qu’instructif.

Pour les amateurs, le manga réunit des qualités irrésistibles : un dessin expressif qui supplante le texte pour un meilleur confort de lecture, des intrigues qui savent entretenir, sur des tomes et des tomes (voire sans fin si la série a la mauvaise idée de s’interrompre brusquement), un mystère, et un univers stimulant l’imagination.
Pour les plus sceptiques, les qualités du manga font justement sa difficulté : la déstructuration des planches, les ellipses narratives égarent le lecteur aux repères plus traditionnels. Quand le manga se fait biographie, comme pour Hokusaï, de Shôtarô Ishinomori, ça devient vraiment un peu compliqué...
Mais tous les participants s’accordent sur l’intérêt du genre, et la richesse de sa production.

Un peu d’histoire
Le manga est issu d’une lente évolution, qui remonte à plusieurs siècles. Très tôt, les Japonais ont pratiqué le kibyoshi, des dessins narratifs avec du texte intégré, qui permettaient de s’adresser même aux illettrés.

kibyoshi

On en a des exemples dès le XVIIIème siècle, alors que Bécassine arbore encore, en 1905, ses images sous-titrées ! La technique s’est perfectionnée, si bien que c’est au Japon aussi qu’apparaissent les premières bulles.

Norakuro

Le nom aussi est ancien. Par une dérivation un peu abusive, on l’attribue au peintre Hokusaï, qui avait intitulé ainsi un ensemble d’esquisses destinées à des disciples. Dans la bouche de l’artiste, cela signifiait "choses sans importance." Aujourd’hui, c’est vraiment synonyme de "bande dessinée." Disons que les mangakas ont conservé d’Hokusaï le travail en atelier, avec un maître et des dessinateurs secondaires chargés de finaliser les planches...

Le poids du genre
Jusque dans les années 1950, les mangas sont destinés aux enfants. Imprimés en deux couleurs (rose et blanc, bleu et blanc, vert et blanc...), ils sont essentiellement disponibles dans des bibliothèques de prêt pour les ouvrages entiers, ou paraissent en revue.

La rose de Versailles

D’emblée, ils sont très genrés : on a les shojo pour les filles, et les shonen pour les garçons. Intrigues et dessins varient considérablement selon le genre, même si les filles ne se gênent pas pour dévorer des shonen... On nous signale du reste que les stéréotypes shojo, véhiculés par exemple par La rose de Versailles, de la mangaka Riyoko Ikeda, sont passés de mode et ont bien évolué...

Trésor - Tezuka

L’occupation américaine, à partir de 1945, provoque un bouleversement : les cartoons et comics américains influencent les mangakas, dans leur trait comme dans ce qui est devenu aujourd’hui leur marque de fabrique, la représentation du mouvement. Le célèbre Tezuka se lance le premier, avec des titres comme La nouvelle île au trésor, très inspirée de l’esthétique des premiers Disney. C’est également Tezuka qui ouvre bientôt un atelier de production de dessins animés, directement corrélés à sa production de manga.

Akira - Otomo

Le temps passant, les mangas gagnent toutes les couches du lectorat : enfants, adolescents et adultes. Des auteurs militants d’Osaka tels Matsumoto imposent le noir et blanc, désormais caractéristique, pour leurs mangas sombres sur fond d’intrigue policière. Ça devient un genre à part entière, le gekiga (manga d’auteur), dont l’histoire est racontée dans Gekiga fanatics, du même Matsumoto. Si les thèmes de divertissement autour du sport et des idylles girly sont toujours un succès, se développent également les sainen, des mangas sérieux pour adolescents.

Le manga devient une industrie florissante, sur laquelle les lecteurs ont un énorme pouvoir : de semaine en semaine, à la lecture des revues, ils peuvent infléchir une intrigue, comme ils l’ont fait pour Dragon Ball de Toriyama (30 ans de succès au cours desquels l’enfant-singe d’une lointaine légende chinoise devient un valeureux guerrier adulte), voire provoquer l’interruption du manga. Le manga devient aussi un support d’expression politique, et permet également d’aborder des sujets de société. On peut penser aux récents Colère nucléaire, de Takashi Imashiro ou Au cœur de Fukushima, de Katzuto Tatsuta, ou encore au Mari de mon frère, de Gengoroh Tagame.

La sélection du club lecture

One Piece

Indétrônable, One Piece, ce manga dans l’univers des pirates avec un héros doué d’une prodigieuse élasticité, est plébiscité. En cause, la succession rapide des rebondissements et les différentes émotions.

Assassination Classroom - Matsui

Dans un genre tout aussi délirant, Assassination Classroom, de Matsui, cette histoire d’une classe de cancres dirigée par un maître-poulpe qui discipline ses élèves à coups de menaces de détruire le monde, se défend bien. L’attestent bon nombre d’agendas aux couleurs du héros...

Full Metal Alchemist - Arakawa

Assez typique des symboliques manga, la série Full Metal Alchemist, d’Arakawa : l’histoire de deux frères dont l’un ne doit la vie qu’à une armure qui a préservé son âme, à la suite d’une hasardeuse opération d’alchimie. La dualité incarnée en deux frères, on la retrouve, de manière beaucoup plus sombre, dans Dômu, de Katsuhiro Otomo. L’auteur d’Akira s’y inspire d’un fait divers réel (une vague de suicides dans un grand ensemble) pour mettre en scène un enfant assassin, et son double.

L’histoire des Trois Adolf - Tezuka

Dualité, voire triplicité, comme dans L’histoire des trois Adolf, de Tezuka, qui tourne autour d’un terrible secret conservé par un diplomate allemand en représentation au Japon, sous l’Allemagne nazie. Comme dans tous ses mangas, Tezuka, en ceci souvent imité, sait y briser la tension tragique par un seul dessin grotesque.

Old Man - Chang

Autre ambiance avec Old Man, de Chang, qui a pour autre originalité d’être un manga chinois. On aborde un royaume imaginaire, dont la souveraine, mère adoptive de nombreux enfants, ne vieillit pas...

Mais la palme du merveilleux revient sans conteste aux mangas de Shigeru Mizuki, à commencer par Nonnon Bâ. Ce mangaka, féru de légendes japonaises transmises par sa grand-mère (c’est l’objet de Nonnon Bâ), s’est également initié au chamanisme durant la guerre, alors qu’il était isolé en Indonésie. L’un dans l’autre, on vous laisse imaginer le contenu de son Hitler ! Un beau livre, pas exactement un manga, est Yokaï, recueil de démons et de monstres qui accompagnent l’auteur.

Gourmet Solitaire - Taniguchi

Enfin, si vous êtes adeptes de progressions plus linéaires, voire de surplace, les œuvres de Taniguchi sont faites pour vous. Les participants du club lecture ont été un peu surpris par la double page du Gourmet solitaire, et encore plus lorsqu’ils ont compris qu’elles étaient vraiment représentatives. Dans le même style, on vous recommande L’homme qui marche (tout est dans le titre).

Merci à tous les participants pour ces découvertes. Mardi 9 mai, on parlera Far West au club lecture !


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