Une histoire sur une île

dimanche 17 décembre 2017
par  Equipe de lettres
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Après avoir évoqué les lieux en général, on a choisi pour cette séance du 13 décembre au club lecture de s’intéresser particulièrement aux îles.
Les îles, par définition coupées du monde (elles ont pour étymologie insula, que l’on retrouve dans isoler), sont à la fois des terrains privilégiés pour la découverte et l’aventure, mais aussi les vecteurs d’un imaginaire qui va du plus positif (l’île paradisiaque) au plus angoissant (l’île des morts chez Böcklin par exemple).

Le potentiel romanesque de l’île est considéré de longue date. Il suffit de penser à l’Odyssée d’Homère et aux nombreuses escales d’Ulysse sur des îles toutes singulières, hospitalières parfois, mais le plus souvent hostiles et même dangereuses, refuge de créatures merveilleuses assez mal intentionnées... Chaque île est un petit monde.

Plus tard, Daniel Defoe, dans Robinson Crusoé, en fait le lieu de la sauvagerie domptée : le héros, Robinson, qui a fait naufrage sur une île déserte, entreprend de civiliser le lieu, de l’inscrire dans le temps, et pour finir y recrée sa propre société avec le secours non négligeable du fidèle Vendredi, sauvage réchappé d’une entreprise cannibale. Si Robinson reste une figure de référence dans l’imaginaire romanesque, il a semblé à Michel Tournier qu’il n’avait pas épuisé, loin de là, le rapport que l’on peut entretenir, et même développer, avec un lieu étranger et isolé. Vendredi ou la vie sauvage propose ainsi un tout autre regard sur la "sauvagerie" de l’île, et la nature qui, loin de se laisser domestiquer par le héros, le gagne à elle.
C’est le mythe de Robinson qui inspire, bien plus tard, Le royaume de Kensuke, de Michael Morpurgo. L’île est tour à tour prison et refuge, ses abords menace et salut ; elle est le lieu par excellence d’une expérience initiatique qui marque durablement les lecteurs.

L’ambivalence de la sauvagerie et de la civilisation est rejouée dans le célèbre Sa majesté des mouches, de William Golding, où une colonie d’enfants échoués va tenter de survivre. Mais l’adversité ne procède pas toujours de ce que l’on croit... Pi Patel, dans L’histoire de Pi, de Yann Martel, fait aussi l’expérience de cette ambivalence, lorsqu’il accoste sur une île en apparence fort accueillante mais en réalité mortelle !
Ambivalence toujours, avec les trois îles entre lesquelles se déroule l’intrigue du Garçon aux yeux à facettes, de Wu Ming-Yi. Il y a l’île trop civilisée de Taïwan, qui se croit plus forte que les éléments. L’île rude de Wayo Wayo où la survie a un prix. Et l’île flottante, détonante, toute de déchets en plastique, sur laquelle le héros échoue temporairement.

Enfin, et c’est aussi une idée ancienne, l’île, par son isolement, peut être le théâtre idéal pour mener à bien des expériences plus ou moins troubles... On pense à celle du Docteur No qu’affronte James Bond dans le roman de Ian Fleming, mais aussi à l’archipel de la République d’Extrême Orient, dans Battle Royale, de Kôshun Takami. Dans cette dystopie qui n’est pas sans évoquer Hunger Games, les jeunes du "programme" doivent se battre à mort, jusqu’à ce que ne subsiste qu’un seul survivant... Un seul survivant, c’est encore trop pour Agatha Christie. Sur l’île des Dix petits nègres, comme on le sait, à la fin, il n’en reste plus aucun !


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